Estimation d'une Céramique de Jules Ziegler | Cote et Prix (Guide Complet 2026)
Peintre, photographe, céramiste : Jules Ziegler (1804-1856) reste l’une des figures les plus singulières de l’art français du XIXe siècle. Si son nom est peu connu du grand public, ses grès au sel produits à Voisinlieu entre 1838 et 1843 suscitent un intérêt croissant sur le marché de l’art. Rares par nature (quelques milliers de pièces seulement sont sorties des fours en cinq ans) ces céramiques s’adjugent aujourd’hui entre 100 € pour un petit objet utilitaire et 13 000 € pour un chef-d’œuvre documenté.
Vous possédez une céramique signée Jules Ziegler ou dans le style de Voisinlieu ? Avant toute mise en vente, plusieurs questions s’imposent : comment authentifier la pièce, quels critères influencent sa valeur, et à quel prix peut-elle raisonnablement s’adjuger ? Ce guide complet rédigé par l’équipe Artflow Enchères vous accompagne pas à pas, de l’identification des marques à l’estimation par un commissaire-priseur.
Jules Ziegler, Pot à tabac au chinois fumant, grès au sel.
Photo : Beauvais Enchères.
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Qui est Jules Ziegler ?
Avocat par contrainte, artiste par vocation
Dix-huit mois : c’est le temps que Jean-Jacques Ziegler laisse à son fils Jules (1804-1856) pour tenter de devenir peintre après l’obtention de son diplôme d’avocat. Le jeune homme, qui n’avait pas attendu l’autorisation paternelle pour commencer une formation clandestine d’artiste, était entré en 1825 dans l’atelier de François-Joseph Heim (1787-1865) avant de rejoindre celui de Jean-Auguste Dominique Ingres (1780-1867). Bien qu’au-delà du délai imposé par son père, Jules Ziegler connaît un succès rapide et devient en quelques années un peintre d’histoire reconnu. Parmi ses réalisations les plus fameuses figurent ses contributions à la galerie des batailles voulue par Louis-Philippe à Versailles et la fresque de la coupole de l’église de la Madeleine à Paris que lui confie Adolphe Thiers (1797-1877) en 1835. Mais sa pratique artistique le pousse bien au-delà des supports habituels du peintre que sont la toile et les murs des monuments. Jules Ziegler se révèle être un touche-à-tout qui s’essaye aussi au vitrail, en réalisant notamment les cartons des vitraux de la chapelle royale de Compiègne et de la nécropole de la famille d’Orléans à Dreux, toujours à la demande du roi Louis-Philippe. Il a aussi fait partie des pionniers de la photographie en figurant au nombre des élèves du photographe Hippolyte Bayard (1801-1887) dès le début des années 1840, et en contribuant à la création de la première revue dédiée à ce médium, intitulée La Lumière. Egalement amateur de littérature et de philosophie, il se lie d’amitié avec des écrivains romantiques comme Victor Hugo, Théophile Gautier et Alexandre Dumas. Mais, l’une des plus anciennes inclinations artistiques de Jules Ziegler est, selon ses propres dires, le travail de la terre. A partir de 1838, il commence à mener des expériences poussées dans ce domaine, dont il publie les résultats douze ans plus tard, dans un ouvrage intitulé Études céramiques : recherche des principes du beau dans l’architecture, l’art céramique et la forme en général, théorie de la coloration des reliefs. Gautier, qui désapprouvait ce qu’il considérait comme un éparpillement du génie de son ami, disait de lui : “Quand ce n’était pas la céramique qui l’occupait, c’était quelque cosmogonie bizarre, quelque théorie nouvelle de la lumière et des couleurs, quelque recherche de procédé perdu, quelque invention chimique […] Au Moyen-Âge, Ziegler eut été alchimiste” (cité dans Jacques Werren, Jules Ziegler, peintre, céramiste, photographe, 2010).
Jules Ziegler, Vase modèle “Saint Gris”, grès au sel.
Photo : Beauvais Enchères.
Le travail de la terre, un ancien rêve
Dans ses Études céramiques, Ziegler raconte avoir été attiré dès son adolescence par cette pratique, et qu’il avait installé un tour de sa fabrication dans la maison familiale avec la complicité de sa mère, ce qui déclencha la colère de son père, réticent à ce que son fils s’oriente vers un métier artistique (Jules Ziegler, Études céramiques…, Paris, Gihaut frères et Lévêque, 1850). A trente ans, alors que sa carrière de peintre est bien lancée, l’ancien rêve du jeune Jules Ziegler refait surface. Son caractère d’insatiable chercheur n’y résiste pas. Après la lecture des écrits du céramiste de la Renaissance Bernard Palissy (1510-1589), Ziegler se rend à Voisinlieu, dans le Beauvaisis, où, selon le maître, se trouve une terre aux propriétés uniques. Il y commence ses expériences à l’automne 1838, alors qu’il n’a aucune formation dans le domaine, et recrute des ouvriers qualifiés venus d’Allemagne, du Beauvaisis ou encore de la cristallerie de Choisy-le-Roi, pour gérer la mise en œuvre de ses idées foisonnantes. Dans un premier temps, il est aussi accompagné dans cette entreprise par son frère cadet, Adolphe, avec qui il achète la propriété où la production est installée, avant que ce dernier ne décide de retourner au droit. L’abandon d’Adolphe n’empêche pas la manufacture de se développer et de connaître un rapide succès, au point que d’autres fabriques des environs se mettent à copier ses modèles. Un deuxième four est construit dès la fin de l’année 1840 et le nombre d’ouvriers passe de dix à seize. Une boutique pour vendre la production est également ouverte à Paris. L’apothéose de Voisinlieu est atteinte lorsque Ziegler se voit remettre la médaille d’or de la société d’encouragement pour l’industrie nationale en 1843. Mais après son départ en août de la même année, la production de la fabrique est recentrée sur la poterie utilitaire, selon les choix des repreneurs, et l’entreprise décline rapidement. La fabrication de grès artistiques à Voisinlieu n’aura duré que trois ans, durant lesquels seulement quelques milliers de pièces seraient sorties des fours (Jacques Werren, Jules Ziegler, peintre, céramiste, photographe, 2010), ce qui explique leur rareté sur le marché de l’art.
“Grès-cérame dit grès-bronze de la fabrique de Mr. J. Ziegler à Voisinlieu près Beauvais” dans Alexandre Brongniart et Denis Riocreux, Description méthodique du musée céramique de la Manufacture royale de porcelaine de Sèvres, Paris, A. Leleux, 1845.
Photo : Gallica.bnf.fr
Le rénovateur de la technique du grès au sel
Durant son bref passage à Voisinlieu, Ziegler, inspiré par le travail des céramistes allemands de la Renaissance qu’il a pu admirer lors d’un voyage en 1830, s’attèle à la rénovation de la technique du grès salé, qui n’était alors plus utilisée que pour la poterie utilitaire. La terre de Voisinlieu se prête tout particulièrement à cette technique, qui nécessite une cuisson à haute température ayant pour effet de vitrifier la matière. Le vernis lisse à la surface des pièces est obtenu par l’adjonction de sel dans le four en cours de cuisson qui, en se volatilisant sous l’effet de la chaleur, se dépose sur les céramiques. Les grès obtenus par Ziegler sont pour certains brun foncé, ce qui leur vaut le nom de “grès bronzés” ou “grès-bronze”, en raison de leur couleur qui rappelle celle du métal du même nom. Il obtient également des teintes plus claires, couleur miel, grâce à l’ajout dans le four d’écorce de bouleau. Quelques pièces grises ont également pu être observées. Certains objets reçoivent un décor polychrome appliqué, d’autres sont peints d’émaux, mais beaucoup sont laissés dans leur couleur uniformément brune.
Voisinlieu produit des objets pour trois types d’usages différents : domestique (petites cruches, bouteilles, pots à tabac…), industriel (serpentins, cornues, alambics…) et décoratif (vases, coupes…). Les pièces artistiques sont moulées dans des moules réalisés par les ouvriers potiers d’après les dessins et directives de Ziegler, tandis que la production de plus grande série est tournée.
Les inspirations décoratives de Ziegler sont très variées. Il est en premier lieu un admirateur de Bernard Palissy, ce qui fait de lui, pour certains spécialistes, un précurseur méconnu de Charles-Jean Avisseau (1795-1861). Il puise également ses idées dans la production des grès allemands de la Renaissance, dans les motifs égyptiens, indiens, chinois, étrusques ou hispano-mauresque et réalise des copies de modèles anglais ou de pièces dessinées par l’ornemaniste Claude-Aimé Chenavard (1798-1838) pour la manufacture de Sèvres, à l’exemple des fameux vases flamands A, B et C imaginés par celui-ci entre 1833 et 1835 et fabriqués à Voisinlieu au tournant de l’année 1840.
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Jules Ziegler d’après Claude-Aimé Chenavard, Vase flamand C, vers 1840.
Photo : Mercier Art, Lille
Quel prix pour un objet signé Jules Ziegler ?
Les critères d’estimation d’une céramique de Ziegler
Plusieurs critères s’avèrent déterminants pour estimer le prix de vente d’une céramique signée Jules Ziegler.
1) Le bon état de la pièce
Comme pour tout objet, le bon état de la pièce est essentiel pour obtenir de bons résultats en vente publique. Les éléments les plus fragiles d’une céramique comme les anses, le pied ou les décors ajourés ou appliqués en relief dont Ziegler orne certaines pièces ne doivent pas avoir subi de dommages comme des éclats ou des manques.
2) Les marques (signatures, numéros, poinçons…) pour reconnaître un Ziegler
La présence de la marque de la manufacture de Voisinlieu, ou de celle, plus rare, de Jules Ziegler lui-même entraîne une plue-value.
3) La technique de fabrication de Ziegler
Les vases ajourés dont la fabrication est plus complexe en raison de la fragilité du décor sont particulièrement prisés par les collectionneurs.
4) Le type d’objet
Les objets relevant de la production artistique de la manufacture de Voisinlieu sont bien sûr plus recherchés que ceux, plus ordinaires, produits en grande quantité.
5) Le modèle
Le modèle de céramique fabriqué par Jules Ziegler atteignant les plus hauts prix est sans conteste le Vase aux apôtres, qui constitue son chef-d’œuvre de l’avis de nombreux spécialistes. Les grands vases ajourés de 30 à 50 cm de hauteur se vendent également à des prix intéressants.
6) La taille
Les grandes pièces, plus fragiles et plus rares, sont particulièrement recherchées.
7) La provenance
Les pièces artistiques ayant été fabriquées pour une personnalité ou dans le cadre d’un évènement en particulier, comme une exposition internationale par exemple, peuvent obtenir de meilleurs prix. L’ancienne appartenance de l’objet à la collection d’un amateur réputé peut aussi en augmenter la valeur.
Jules Ziegler, Vase aux apôtres, en provenance de la collection Jacques Werren, grès au sel.
Photo : Beauvais Enchères
Comment authentifier une pièce par Jules Ziegler ?
Vérification des marques et signatures
Les grès de Ziegler connaissant un succès rapide, ils sont très vite copiés. De plus, l’artiste n’a exercé à Voisinlieu que très peu de temps, de 1838 à 1843, après quoi, la manufacture a été louée jusqu’à sa fermeture en 1856. Enfin, d’anciens ouvriers de Ziegler ayant fondé leurs propres entreprises (Clerc et Taupin, L’Italienne) rachètent à ce moment les moules de la fabrique de Voisinlieu et se mettent à produire les mêmes formes. Au vu de ces informations, le style décoratif et la forme d’une pièce ne peuvent donc suffire pour l’attribuer à Jules Ziegler. La seule preuve irréfutable de l’origine de la fabrication d’un grès dans le style de Voisinlieu est donc sa signature. Jules Ziegler possède un cachet formé de ses initiales insérées dans un encadrement polylobé, mais il ne l’applique que rarement sur ses pièces. Deux cachets ronds de diamètres différents sont plus fréquemment employés à Voisinlieu : ils comprennent la mention “Voisinlieu Oise” et le blason de la ville. Une étiquette en papier en forme d’amande avec la mention “manufacture de Voisinlieu (Oise)” a également été observée. Des marques d’ouvriers peuvent aussi apparaître sous le pied de certaines céramiques. Si ces marques permettent d’identifier la manufacture, elles ne garantissent pas en revanche que la pièce a été fabriquée sous la direction de Ziegler lui-même.
Recherche de documents d’archives
Les documents d’archives peuvent également apporter une preuve supplémentaire que l’objet a bien été réalisé à Voisinlieu. Les factures et les éléments de correspondances d’époque avec Ziegler accompagnant l’objet à expertiser sont particulièrement efficaces.
Référencement du modèle
Le référencement du modèle au sein de l’ouvrage de Ziegler, Études céramique…, qui comporte un “Atlas” de gravures, constitue une preuve, qui ne peut toutefois amener à elle seule à attribuer l’objet à Ziegler, en raison des nombreuses copies qui ont été fabriquées par d’autres manufactures et de la réutilisation des moules après la fermeture de Voisinlieu en 1856. La reproduction en photo et l’authentification de la pièce à expertiser dans l’ouvrage de Jacques Werren sur Jules Ziegler peut constituer un argument de vente.
Expertise de l’objet par un commissaire-priseur
Au vu des nombreuses copies et réexploitations tardives des moules de Voisinlieu, il est fortement conseillé de se faire accompagner par un commissaire-priseur dans le cadre de la vente d’une céramique par Jules Ziegler.
A gauche : Jules Ziegler, Vase ajouré, grès au sel.
Photo : Dame Marteau, Montpellier.
A droite : Jules Ziegler, Études céramiques : recherche des principes du beau dans l’architecture, l’art céramique et la forme en général, théorie de la coloration des reliefs. Atlas, Paris, Gihaut frères et Lévêque, 1850.
Photo : Gallica.bnf.fr
Conclusion : les prix de pièces par Ziegler
Les vases dont l’attribution à Jules Ziegler est documentée s’adjugent entre 150 et 2400 €. Un exceptionnel vase aux apôtres de 115 cm de haut, provenant de la collection du spécialiste de l’œuvre de Ziegler Jacques Werren, a atteint le prix record de 13 000 € en 2020 à Beauvais.
Les autres petits objets issus de la production de pièces utilitaires, tels que pots à tabac, terrines, tasses, petits pichets et cruches atteignent des prix au marteau entre 100 et 800 €.
Jules Ziegler, Tasse et sa soucoupe, grès au sel.
Photo : Beauvais Enchères
Le saviez-vous ?
Jules Ziegler n’hésite pas à faire communiquer ses différentes pratiques artistiques entre elles. Ainsi, il n’est pas rare de reconnaître des céramiques sorties des fours de Voisinlieu dans ses tableaux ou dans ses photographies. Sa Pluie d’été, aujourd’hui conservée au musée de Saint-Dizier, est peinte sous les traits d’une jeune femme sur un fond de ciel nuageux, versant sur des fleurs le contenu de deux carafes en grès au sel polylobées caractéristiques des formes produites par la manufacture. Un ensemble de photographies réalisées par Ziegler et conservées au musée de Langres représente quant à elle des céramiques de Voisinlieu mises en scène dans des décors dans lesquels évoluent parfois des jeunes femmes songeuses.
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