Clément Massier : histoire, œuvres et héritage du maître de la céramique irisée
Clément Massier est sans aucun doute le plus célèbre membre de la dynastie Massier, active à Vallauris du XVIIIe au XXe siècles. Sa renommée découle notamment de son usage d’une technique ancestrale qu’il réinvente complètement pour répondre aux attentes de l’Art Nouveau : le lustre métallique. Ce dernier offre à la céramique une teinte irisée novatrice à l’époque et aujourd’hui très prisée des acheteurs.
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Clément Massier, vase à décor orientaliste, inspiration hispano-mauresque, céramique irisée, signé, H. 30 cm
Photo : Maison de ventes Pichon & Noudel-Deniau, Cannes
Les années de jeunesse
Comme son frère et son cousin, Clément Massier est formé à l’atelier familial tenu par Jacques et Jérôme Massier à Vallauris. Mu par une soif d’innovation, Jacques invite le céramiste italien Gandolfi Gaetano à intégrer l’entreprise en 1858 afin de les former à de nouvelles techniques. Clément est alors âgé de quatorze ans à peine. Les Massier découvrent la fabrication des émaux, le néo-classicisme et l’usage des moules en plâtre qui permet de créer de petites séries.
Ces nouvelles compétences se développent jusqu’à la mise au point d’une technique innovante, la faïence émaillée. Elle représente un tournant majeur dans l’histoire de la dynastie Massier, qui prend une direction résolument décorative, et devient la technique privilégiée de Delphin et Jérôme Massier Fils. Alors que ces derniers optent pour un naturalisme au riche vocabulaire floral et animalier dans leurs décors en barbotine, Clément reste davantage marqué par l’enseignement néo-classique de Gaetano.
Clément Massier, vase à décor orientaliste, inspiration hispano-mauresque, céramique irisée, signé, H. 30 cm
Photo : Maison de ventes Pichon & Noudel-Deniau, Cannes
L’installation de Clément Massier à Golfe-Juan
Clément débute sa carrière de céramiste en s’associant avec son frère Delphin à partir de 1873. Cette collaboration ne dure pas plus de dix ans, en raison notamment de rivalités entre les membres de la famille. Suite à leur dernière participation commune à l’Exposition universelle et industrielle d’Amsterdam en 1883 – lors de laquelle ils remportent la médaille d’or – Clément quitte Vallauris pour s’installer à Golfe-Juan.
Le choix de ce lieu est loin d’avoir été laissé au hasard : ce point stratégique entre Cannes et Antibes, soit au cœur d’une Côte d’Azur en plein essor, lui assure une excellente visibilité auprès d’une clientèle fortunée.
Le faste de la manufacture en témoigne : hall d’exposition, écuries aux décors mauresques et salon de thé ponctuent le parcours du client. Ce faisant, Clément se rapproche également des voies de chemin de fer grâce auxquelles ses œuvres circulent en France et dans toute l’Europe.
L’entrepreneur développe également une véritable stratégie de diffusion en multipliant ses points de vente. Il ouvre ainsi plusieurs magasins à Paris entre 1880 et 1898, sur les célèbres avenue de l’Opéra et rue de Rivoli, ainsi que rue du Paradis et rue du Chemin Vert. Il inaugure également un magasin à Nice.
La Poterie du Golfe-Juan – Clément Massier, carte postale
Photo : Maison de ventes Morand & Morand, Paris
La Poterie du Golfe-Juan – Clément Massier, L’atelier de peinture, carte postale
Photo : Maison de ventes Ivoire Troyes Boisseau-Pomez, Troyes
Photo : Maison de ventes Ivoire Troyes Boisseau-Pomez, Troyes
Les collaborations artistiques de Clément Massier
Clément Massier est particulièrement friand de collaborations. À quinze ans, travaillant encore dans l’entreprise paternelle, il invite le sculpteur écossais Alexandre Munroe (1825-1871) à dessiner des modèles.
Mais ses collaborations matures débutent par des recherches communes avec Optat Milet (1838-1914), céramiste à Sèvres, qui s’étendent de 1876 à 1880. Ensemble, ils participent à l’Exposition Universelle de Paris de 1878 et y obtiennent la médaille d’argent pour des plats d’inspiration néo-classique en faïence émaillée.
Si ses travaux communs avec le sculpteur suisse James Vibert (1872-1942) et le peintre Jules Scalbert (1851-1933) sont d’importance, c’est bel et bien sa collaboration avec le peintre symboliste Lucien Lévy-Dhurmer (1865-1953) qui demeure la plus marquante de sa carrière.
Lévy-Dhurmer travaille à la manufacture de 1887 à 1896, où il est responsable des recherches sur les décors, les couleurs et les formes. Lorsqu’il quitte l’atelier, il délaisse définitivement la céramique au profit de la peinture.
Clément Massier & Lucien Lévy-Dhurmer, vase polylobé à col évasé, céramique irisée, signé, ca. 1900, H. 25 cm
Photo : Maison de ventes Oxio, Saint-Ouen-sur-Seine
Pionnier de la céramique irisée
Les recherches plastiques de Clément Massier sont impulsées par la redécouverte des lustres rose-brun des œuvres mauresques de la Renaissance espagnole. Son collaborateur Lévy-Dhurmer, chef des travaux d’art de l’atelier à partir de 1887, perfectionne cette technique.
La manufacture peut alors produire différentes variétés de lustres, allant des tonalités vertes, violettes ou rouges aux tons orangés et mauves, tantôt mats, tantôt brillants. Les décors irisés sont aussi bien figuratifs – figures féminines, ornements floraux – que non-figuratifs, inspirés par les émaux eux-mêmes.
Clément Massier, vase de forme balustre à décor d’orchidées, céramique irisée, montures en argent, signé, H. 15 cm
Photo : Maison de ventes Millon & Associés, Paris
Le succès
Le tournant du XXe siècle marque véritablement l’apogée de la carrière de Clément Massier, tant en termes de succès commercial que de reconnaissance artistique. En effet, dès 1896 les œuvres de Clément sont exposées au célèbre magasin « L’Art Nouveau » tenu par Sigfried Bing. Il participe, comme son frère, aux Expositions Universelles et y décroche la médaille d’or.
Plus éloquente encore est la liste de ses commanditaires : elle comprend des personnalités littéraires incontournables (Victor Hugo, Émile Zola ou Georges Sand) ainsi que des monarques européens (la reine Victoria d’Angleterre ou le roi de Suède).
L’entreprise de Clément est également la plus prospère de la famille Massier. Les ateliers de la manufacture comptent pas moins de 120 ouvriers en 1884. Toutefois, en 1897, ils ne sont plus que 65.
Clément Massier, grande vasque sur un piétement à quatre colonnes, modèle « Alhambra », d’inspiration hispano-mauresque, céramique à glaçure rouge et irisée, cachet, H. 130 cm
Photo : Maison de ventes Farran Enchères, Castelnau-le-Lez
Que devient la manufacture après la mort de Clément Massier ?
Clément Massier meurt le 14 mars 1917. Ses deux filles, Louise-Marie et Anne-Marie, reprennent la direction de la manufacture et commencent par rééditer des modèles ayant connu un fort succès commercial (tortues, grenouilles, etc.). Elles tentent de prendre le virage de l’Art Déco, et signent les nouvelles pièces « A. Massier Fils & Cie. Golfe-Juan (A. M.) ».
Le site est fermé en raison d’un incendie en 1956 et rouvre six ans plus tard sous la direction d’Élisabeth Mauro-Massier, la petite-fille de l’artiste. La production désormais signée « Massier » reprend, avec des pièces animalières dans l’héritage de Clément, des poteries utilitaires et des créations contemporaines. La Grande Galerie de la manufacture ouvre annuellement à partir de 1976, en hommage au céramiste, avant de fermer définitivement en 1984.
Clément Massier, grand plat à décor de paysage de bord de mer, céramique irisée, signé, diam. 36 cm
Photo : Maison de ventes Wattebled & Portay, Lille
Le saviez-vous ?
De toute la dynastie Massier, c’est l’œuvre de Clément qui a connu la plus importante patrimonialisation. On trouve ses œuvres dans les plus belles collections d’arts décoratifs du monde entier. Citons par exemple le Musée d’Orsay à Paris, qui a fait l’acquisition de quinze pièces de l’artiste, ou encore le Musée des arts décoratifs de Paris, qui en détient également douze.
Le musée Magnelli, musée de la céramique à Vallauris, possède bien entendu une collection conséquente d’œuvres des Massier. À l’étranger, on trouve ses pièces irisées notamment aux Musées royaux des Beaux Arts de Belgique, au musée ARIANA en Suisse, au Museum of Fine Arts de Montréal ou encore au Metropolitan Museum de New York.
Connaître la valeur d’une céramique de Clément Massier
La valeur d’une céramique de Clément Massier dépend toutefois de nombreux critères : période de production, signature, rareté du modèle, qualité des émaux, état de conservation ou encore provenance. Une œuvre réalisée du vivant du céramiste ne présente généralement pas la même valeur qu’une pièce produite ultérieurement par la manufacture.
Pour obtenir une vision détaillée du marché et comprendre les prix observés en vente publique, consultez notre guide consacré à l’estimation des céramiques Massier. Vous y trouverez les fourchettes de prix, les modèles les plus recherchés et les principaux critères utilisés par les commissaires-priseurs pour expertiser une œuvre.
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