Jean Lurçat : histoire, parcours et œuvres majeures
“Un homme très “Renaissance””1
Jean Lurçat est né dans les Vosges en 1892. Après une scolarité brillante, il poursuit ses études dans le domaine des sciences naturelles à l’université de Nancy. Dans ce foyer lorrain de l’Art Nouveau, Lurçat fait la connaissance d’une figure emblématique de ce mouvement en la personne de Victor Prouvé (1858-1943), qu’il décrit comme “un homme très “Renaissance””, comme il est appelé à en être un lui-même, “en même temps peintre, sculpteur, relieur, bijoutier”. Il entre dans l’atelier de Prouvé en 1911 en tant qu’ouvrier-sculpteur sur façade et abandonne ses études pour se lancer dans une carrière artistique.

Portrait dessiné de Jean Lurçat d’après une photo d’André Vigneau conservée à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris.
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“Un jeune peintre, un vrai ; il se nomme Lurçat” 2
Après cette première formation, sa pratique s’oriente vers la peinture et il expose dans plusieurs galeries suisses dès le début des années 1920, avant de rencontrer le galeriste parisien Etienne Bignou (1891-1950). Il participe également aux différents salons parisiens et rencontre un certain succès auprès des critiques d’art. Dans le même temps, il imagine des illustrations pour des livres, des décors et des costumes pour le théâtre et le ballet. En parallèle de ces activités, Lurçat voyage beaucoup pour nourrir son inspiration, en Italie, en Espagne, en Afrique du Nord, en Grèce, en Asie Mineure ou encore aux Etats-Unis.

Jean Lurçat, Fruits et soleil, 1927, huile sur toile.
Photo : Maison de vente Artcurial, Paris.
Jean Lurçat et la renaissance de la tapisserie moderne
Lurçat dessine ses premiers modèles de tapisserie en 1917 et réalise les premiers essais avec l’aide de ses parents, grâce à des laines employées par sa mère à la confection de canevas. Il en confie également l’exécution à une couturière de sa connaissance, Marthe Hennebert (1893-1976), qu’il épouse en 1924. Bien que leur mariage ne dure que trois ans, ils continuent de se fréquenter toute leur vie, et le rôle de Marthe dans la future carrière de Lurçat est crucial.
En 1921, par l’intermédiaire de son ami d’enfance, le gynécologue et amateur d’art Jean Dalsace (1893-1970), Lurçat rencontre l’architecte et designer Pierre Chareau (1883-1950) avec qui il collabore pour la création de mobilier garnis de tapisseries et de papiers peints.

Pierre Chareau, garniture en tapisserie d’après un carton de Jean Lurçat, Canapé commandé par Annie et Jean Dalsace, vers 1923, hêtre, velours, tapisserie.
Photo : Maison de vente Christie’s Paris.
Jean Lurçat, rénovateur de l’art de la tapisserie en France
En 1936, l’atelier des Gobelins à Paris tisse sa première tapisserie d’après un carton de Jean Lurçat. Trois ans plus tard, le Ministère de l’Education Nationale lui confie la mission de rénover cet art qui peine à se renouveler.
Il crée alors des modèles pour différents ateliers d’Aubusson (Tabard Frères et sœurs, Suzanne Goubely-Gatien, Raymond Picaud, Pinton frères…). Parmi ses chefs-d’œuvre dans le domaine, figurent la tapisserie de l’Apocalypse pour l’église Notre-Dame-de-Toute-Grâce d’Assy et sa grande tenture du Chant du monde, comprenant dix tapisseries aujourd’hui exposées au sein de l’ancien hôpital Saint-Jean d’Angers

Atelier Tabard frères et sœurs d’après un carton de Jean Lurçat, “Le coq fanfares”, modèle créé vers 1947-1949, tapisserie de laine.
Photo : Maison de vente Christie’s Londres.
L’appel de la terre
En 1951, sur la proposition du céramiste Firmin Bauby (1899-1981), Lurçat s’oriente vers un nouveau médium : la céramique. Il réalise ses premières créations dans ce domaine à l’atelier Sant Vicens à Perpignan, créé par Bauby. Dès l’année suivante, il présente ses premières pièces à l’exposition Deux siècles d’art céramique aux grands dépôts à Paris. Par la suite, ses céramiques seront souvent exposées avec ses autres créations – tapisseries, peintures, dessins, estampes – créant un véritable dialogue entre la terre, la laine, la toile et le papier.

Jean Lurçat et atelier Sant Vicens, Plat figurant un coq, céramique émaillée.
Photo : Maison de vente Nicolas Constanty, Limoges.
Le saviez-vous ?
Jean Lurçat a été élu à l’académie des Beaux-Arts le 19 février 1964. Comme le veut la tradition, il choisit pour l’occasion une épée, dont la fabrication est confiée au ferronnier d’art Raymond Subes (1891-1970).
Faite d’ivoire, d’acier, de vermeil et d’or, elle porte tous les thèmes emblématiques de l’OEuvre de Jean Lurçat, du coq ornant le pommeau jusqu’au croissant de lune formant la garde. Elle porte la devise écrite par l’artiste : “C’est l’aube d’un temps nouveau où l’homme ne sera plus un loup pour l’homme…”, dont les premiers mots sont gravés sur sa tombe, dans un grand soleil.

Motif gravé sur la pierre tombale de Jean Lurçat au cimetière de Saint-Laurent-les-Tours.
Connaître la valeur d’une œuvre de Jean Lurçat
Les œuvres de Jean Lurçat occupent aujourd’hui une place importante sur le marché de l’art, mais leur valeur peut varier considérablement selon la technique utilisée, la période de création, les dimensions, la rareté ou encore l’état de conservation. Tapisseries d’Aubusson, céramiques réalisées avec l’atelier Sant Vicens, peintures ou mobilier décoré de tapisseries répondent chacun à des critères d’expertise spécifiques. Certaines créations emblématiques de l’artiste ont ainsi atteint des résultats remarquables aux enchères, notamment dans le domaine des céramiques de Jean Lurçat.
Pour mieux comprendre les critères qui influencent la valeur d’une œuvre et replacer ces résultats dans l’ensemble de la carrière de l’artiste, consultez notre guide consacré à la cote et l’estimation des œuvres de Jean Lurçat, qui rassemble les principaux éléments d’expertise, les signatures et les résultats observés en ventes publiques.
Sources et références
- Claude Faux, Lurçat à haute voix, Paris, R. Juillard, 1962, cité par Salima Hellal dans Jean Lurçat, la Terre, le Feu, l’Eau, L’air, Silvana Editoriale et musée Hyacinthe Rigaud, 2024.
- Louis Mayer dit Louis Vauxcelles, “Lurçat”, Le Carnet de la semaine, 1er mai 1922, cité par Gérard Denizeau, Jean Lurçat, Lienart, 2013, p. 31.
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