Picasso et la technique céramique : méthodes, formes et innovations

Picasso ne s’est jamais limité aux techniques traditionnelles. Tout au long de sa carrière, il explore une grande variété de matériaux, de la mie de pain à l’or, du carton au bronze, en passant par la céramique.

Dans ce domaine, il adopte une approche expérimentale, testant sans cesse de nouvelles idées et détournant les procédés classiques pour obtenir des effets uniques.

Pablo Picasso, détail du décor incisé d’un vase “Poissons”, terre de faïence rouge, décor à l’engobe gravé au couteau.
Photo : Maison de vente Piasa, Paris

Selon son ami le céramiste Georges Ramié, il pousse même ses expériences jusqu’à “l’hérésie technique” pour les hommes du métier. Il lui arrive par exemple de peindre par-dessus l’émail, de sous-cuire certaines pièces, ou encore d’ajouter des matériaux surprenants, comme du sable ou des copeaux de terre : aucun interdit ne lui semble valable si sa transgression permet d’obtenir l’effet voulu.

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Les différentes formes des céramiques de Picasso

Les céramiques de Picasso sorties des ateliers Madoura peuvent être en terre blanche ou rouge. Les formes de ces pièces sont de plusieurs types :

– les céramiques déjà façonnées par les potiers de Madoura employées sans modification structurelle. Il s’agit de formes originales imaginées par Suzanne Ramié ou d’objets traditionnels de la poterie de Vallauris, à l’exemple des pignates (petites marmites servant à la cuisson des plats provençaux).

– les pièces tournées par les ouvriers de Madoura utilisées comme point de départ mais remodelées par Picasso. L’artiste a notamment employé comme base des bouteilles pour réaliser des colombes par exemple.

– les poteries fabriquées par l’atelier Madoura, essentiellement par le tourneur Jules Agard, d’après des modèles dessinés par Picasso et selon ses directives : ces céramiques sont souvent inspirées de pièces archéologiques (pré-colombiennes, chypriotes…) ou de formes caractéristiques de la céramique mauresque de Malaga.

– les sculptures modelées par Picasso à partir de plaques de terre ou de terre brute.

– la réutilisation par l’artiste d’objets utilitaires provenant de l’atelier, comme les tomettes ou les gazelles de four.

Dessin d’après une pignate “Colombe et chouette” peinte par Pablo Picasso.

Les techniques de décor et d’émaillage des céramiques de Picasso

Picasso a testé de nombreuses techniques de décors, qui se sont avérées plus ou moins convaincantes. Elles n’ont pas toutes été adoptées dans le cadre de la production en série. Les types de décors les plus couramment observés sur les pièces passées en ventes publiques sont :

– les décors peints à l’aide d’émaux (provenant essentiellement de la fabrique L’Hospied à Golfe-Juan), d’oxydes ou de pastels céramiques, mais aussi d’engobes, dont Picasso réalisait lui-même le mélange, et de paraffine, une technique inspirée de sa pratique de la gravure.

– les décors incisés, gravés à la surface de la pièce à l’aide d’un canif, soit dans la glaise encore crue, soit, selon la technique du “sgraffito”, c’est-à-dire après cuisson, à travers l’engobe, faisant réapparaître la couleur de la terre cuite en-dessous.

– les décors estampés grâce à l’application d’une matrice sur la terre encore crue, dans le but d’imprimer sur la pièce des motifs, soit en creux, soit en relief. Picasso inventa également une technique, baptisée “linocéramique”, issue de sa pratique à la fois de la linogravure et de la céramique. Il développe cette méthode à partir de 1964, en prenant pour support des plaques de faïence qu’il peint d’engobe noir.

l’émaillage total ou partiel de la pièce, laissant des parties mates en réserve, ou au contraire l’absence d’émaillage.

– les patines des parties non émaillées, réalisées notamment à partir de cire ou de lait.

Pablo Picasso, détail d’un décor aux oxydes sur un modèle “Pichet à glace” en terre de faïence blanche émaillée.
Photo : maison de vente Piasa, Paris.

Exemplaires d’artiste et éditions : comprendre la production des céramiques de Picasso

La production de céramique de Picasso peut se diviser en trois groupes : les exemplaires produits en série, principalement grâce à deux techniques :

– application sur la pièce de matrices en plâtre du décor en négatif, réalisées par Picasso lui-même à la demande de l’atelier Madoura en vue de la reproduction de ses œuvres. Cette technique ressemble à la gravure au burin ou à la pointe sèche en usage dans le domaine de l’estampe, ce pourquoi Georges Ramié qualifie la production obtenue “d’Œuvre gravé céramique”. Ces exemplaires sont marqués “empreinte originale de Picasso”.

– reproduction des décors au trait ou à la touche grâce à un système s’apparentant à un poncif mis au point par Picasso et les céramistes de Madoura. L’emploi de cette méthode est indiqué sur les pièces par une mention “édition suivant original”.

– les exemplaires d’artiste, sur lesquels Picasso est personnellement intervenu. Il peut s’agir d’objets intégralement réalisés par lui ou de pièces prélevées au sein d’une série de reproductions, auxquelles il ajoute des décors de sa main, souvent incisés après cuisson.

– les exemplaires éditeur, qui correspondent souvent à la première épreuve d’un modèle produit en série. Ils ont été prélevés et conservés par l’atelier Madoura pour ses archives jusqu’en 2012. Picasso n’a pas nécessairement réalisé lui-même le décor de ces objets.

Pablo Picasso, inscription “exemplaire éditeur” sur un vase tripode, terre de faïence blanche, décor aux oxydes, gravé sur émail blanc.
Photo : Maison de vente Piasa, Paris.

Le saviez-vous ?

Picasso ne laissait passer aucune occasion de tester de nouveaux procédés pour décorer ses céramiques. Les potiers de Madoura ont été témoins d’expériences pour le moins curieuses, impliquant tantôt les restes d’un squelette de poisson rapporté du déjeuner dans des tentatives d’estampage, tantôt la boue du dehors un jour de pluie pour une expérience sur les patines.

Ses pinceaux, quant à eux, colonisent tout sur leur passage. Un jour de 1950, il s’attaque même au matériel de l’atelier, comme les pierres réfractaires et les “gazelles” de four (longues plaques qui servent de support aux entablements).

(Paul Bourassa, “Rencontres avec la céramique”, dans Picasso et la céramique, cat. exp., Hazan, 2004).

Dessin inspiré d’une tomette peinte par Pablo Picasso.

Connaître la valeur d’une céramique de Picasso

La valeur d’une céramique de Picasso varie fortement selon plusieurs critères : le modèle, la rareté, le type d’exemplaire (pièce unique, édition ou exemplaire d’artiste), les techniques utilisées, ainsi que l’état de conservation. Ces éléments peuvent faire passer une estimation de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers d’euros..

Pour situer précisément votre pièce et comprendre les écarts de prix observés sur le marché, consultez notre guide complet dédié à l’estimation d’une céramique Picasso.

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