Estimation Céramique Félix Bracquemond (Guide Complet 2026)

Vous possédez une céramique attribuée à Félix Bracquemond et souhaitez en connaître la valeur ? Artiste majeur du renouveau des arts décoratifs au XIXe siècle, Bracquemond a collaboré avec plusieurs manufactures prestigieuses, dont Théodore Deck, Haviland, Sèvres ou encore Creil et Montereau.

Ses services, assiettes, plats artistiques et vases peuvent atteindre des montants importants selon leur état, leur modèle, leur provenance et la présence de marques authentifiables. Ce guide vous aide à comprendre les principaux critères d’estimation d’une céramique de Félix Bracquemond et les prix observés sur le marché..

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Félix Bracquemond, manufacture Haviland et Cie à Limoges, Vase gourde, porcelaine émaillée.
Photo : Christies.com
Tout savoir sur l’estimation d’une

Qui est Félix Bracquemond ?

Une renaissance par le feu

“Peintre-graveur”, “ornemaniste”, “décorateur” ou encore “céramiste” : de nombreux qualificatifs ont été attribués à Félix Bracquemond (1833-1914), que d’aucuns érigent en symbole du renouveau des arts décoratifs en France dans la seconde moitié du XIXe siècle. Si l’artiste lui-même préféra de loin le premier de ces titres, les autres reflètent tout aussi bien sa carrière pluridisciplinaire, qui ne se laisse pas aisément mettre dans des cases.

Comme le notait un admirateur sous pseudonyme dans La Chronique illustrée, Bracquemond “croit fermement à un Art unique dans les manifestations complexes, il est de trop haute taille et de trop vigoureuse allure pour se parquer dans un genre et s’y murer tout vivant […] Bracquemond, le grand peintre et le graveur exceptionnel a décoré des plats et des assiettes pour faire une tentative, pour trouver” (Chicot, “A propos du Salon”, La Chronique illustrée, 10 juin 1869).

Trouver une voie artistique, mais aussi de quoi vivre, quand “ce naïf de l’art” revend à perte ses plaques de cuivre pour continuer à travailler au renouveau de la pratique de l’eau-forte, appelé de ses vœux par la Société des aquafortistes, dont il était l’un des membres fondateurs. Le succès advient pourtant, sous une forme pour le moins inattendue, lorsque Bracquemond se décide à brûler ses épreuves à la surface de plats et d’assiettes, dans l’espoir d’une renaissance de l’eau(-forte) passée par le feu d’un four à céramique.

Félix Bracquemond, Service dit “à fleurs et à rubans”, faïence fine.
Photo : maison de vente De Baecque et associés, Marseille.

Les collaborations avec Théodore Deck et François-Eugène Rousseau

Bracquemond arrive à la pratique de la céramique en 1860, par le hasard d’une rencontre, celle du céramiste Théodore Deck (1823-1891), alors qu’ils travaillent ensemble à l’aménagement de la boutique de l’éditeur Auguste Poulet-Malassis (1825-1878), l’un comme décorateur, l’autre comme poêlier. Les deux hommes deviennent amis et collaborent à plusieurs reprises pour la création de pièces artistiques, qu’ils signent amicalement de leurs deux noms.

Ces objets rares sont aujourd’hui très recherchés. Quelques années plus tard, Bracquemond est contacté par un certain François-Eugène Rousseau (1827-1890), éditeur et marchand de céramique, propriétaire d’une boutique située rue Coquillère à Paris. L’homme cherchait alors des conseils pour imaginer les ornements peints d’un service qu’il envisageait de faire fabriquer : ce sera le fameux “service Rousseau ». Bracquemond est finalement amené à en exécuter les décors, qu’il réalise selon sa technique de prédilection : l’eau-forte.

De ses planches sont tirées des épreuves appliquées sur les pièces. Le papier se volatilisant à la chaleur du four, ne laisse derrière lui que les motifs dont il était le support, servant de base au travail des peintres sur céramique. L’entreprise est un succès artistique et commercial. Forts de cette réussite, Bracquemond et Rousseau poursuivent leurs relations durant plusieurs années, jusqu’en 1870 et le projet d’un second service abandonné à cause de la guerre, et dont quelques pièces seulement ont été fabriquées, expliquant leur grande rareté.

Félix Bracquemond et Théodore Deck, Plat “Le Verger”, vers 1876, faïence de grand feu.
Photo : Maison de vente Artcurial, Paris.

Sèvres, les deux Haviland, et le baron Vitta

Suite au succès du service Rousseau, Bracquemond reçoit plusieurs propositions et, en 1869, abandonne définitivement son activité peu rémunératrice de peintre pour se consacrer aux arts industriels, qui connaissent à cette époque un rapide développement, et pour lesquels il montre un réel intérêt. En 1871, il obtient un poste à la manufacture de Sèvres, comme chef des ateliers de peinture, mais, s’accommodant mal des règles immuables de cette fabrique d’Etat centenaire, démissionne six mois plus tard.

En 1872, il signe un contrat avec Charles Haviland (1839-1921) pour la direction artistique d’un atelier qu’il vient de faire construire à Auteuil, dédié à l’élaboration et à l’impression de décors destinés à être expédiés à Limoges pour être appliqués sur des pièces en porcelaine. Bracquemond y imagine les ornements de plusieurs ensembles, comme le service “parisien” en 1876, le service “animaux” en 1878, et le service “à fleurs et rubans” en 1879, ainsi que des vases. En juin 1881, il quitte l’entreprise Haviland et Cie.

Dix ans plus tard, Clémenceau lui propose la direction de la manufacture de Sèvres, poste qu’il refuse tout en publiant un texte polémique intitulé “A propos des manufactures nationales de céramique et de tapisserie”. En 1892, il signe un contrat de dix ans avec Théodore Haviland (1842-1919), le frère de Charles, qui projette d’ouvrir lui aussi un nouvel atelier, rue du Val-de-Grâce à Paris. Cette nouvelle collaboration inspire à Bracquemond les dessins du service “Parabère”. Mais le contrat est rompu dès l’année suivante.

A partir de 1894, Bracquemond reçoit des commandes du baron Joseph Vitta (1860-1942) qui lui confie la coordination des travaux de la salle de billard de sa villa de la Sapinière à Evian, à la décoration de laquelle participent de nombreux artistes comme Auguste Rodin (1840-1917), Jules Chéret (1836-1932) ou Alexandre Charpentier (1856-1909).

Poussant bien au-delà du seul médium de la céramique sa vision d’une unité des arts, Bracquemond dessine des cartons pour des broderies et des tapisseries, ébauche des modèles pour la verrerie, imagine des reliures de cuir pour les écrits de Charles Baudelaire édités chez Poulet-Malassis (alias “Coco mal perché” selon le bon mot de l’auteur), s’intéresse aux émaux et conçoit du mobilier tels que des écrans, des paravents, des fauteuils, des canapés, des tapis…

Bracquemond, Félix, Théodore Haviland, Service “Parabère”, vers 1892, faïence émaillée.
Photo : maison de vente Artcurial, Paris

Quels sont les critères qui influencent la valeur d’une céramique de Félix Bracquemond ?

Les critères d’estimation
Plusieurs critères s’avèrent déterminants pour estimer le prix de vente d’une céramique par Félix Bracquemond.

Le bon état de la pièce
Le bon état de la pièce ou de l’ensemble des éléments d’un service est essentiel pour en obtenir un prix satisfaisant en vente public. Les céramiques ne doivent pas présenter d’éclats, de manques, de fêles, de restaurations tels que des éléments recollés ou agrafés ou encore de traces d’usure, notamment au niveau des couleurs du décor et des bordures. Les défauts de cuisson ou d’émaillage sont également pris en considération dans le cadre d’une estimation. De légères et rares égrenures autorisent tout de même de bons résultats.

Les marques (signatures, numéros, poinçons…)
La présence du monogramme de Bracquemond ainsi que des marques officielles de la manufacture qui a géré la fabrication de l’objet a une grande influence sur l’estimation de l’objet.

Le type d’objet
Les services et les assiettes peintes figurent parmi les objets les plus recherchés de l’oeuvre céramique de Bracquemond.

Le modèle
Les modèles de service “Rousseau” et “à fleurs et rubans” sont particulièrement prisés sur le marché de l’art.

La taille
Les parties de services comprenant de grandes pièces comme des soupières atteignent des prix au marteau plus élevés.

Le nombre de pièces
Dans le cas d’un service, le prix dépend essentiellement du nombre de pièces. Les adjudications les plus élevées sont atteintes par des ensembles comprenant plus de 85 éléments.

La datation
Les céramiques des débuts de Bracquemond dans ce domaine, dans les années 1860, figurent parmi les plus recherchées, à l’exemple des pièces artistiques réalisées en collaboration avec Théodore Deck et du service dit “Rousseau” dont la première édition date de 1866.

La provenance
Les services ayant une provenance prestigieuse documentée, à l’exemple de ceux qui ont garni les tables de châteaux ou qui ont appartenu à d’éminents membres de la noblesse sous le Second Empire peuvent atteindre des prix plus élevés.

Félix Bracquemond, manufacture Haviland, Grand plat circulaire, vers 1874-1876, biscuit émaillé.
Photo : Christies.com

Comment authentifier une pièce par Félix Bracquemond

Vérification des marques et signatures
Afin d’authentifier une céramique décorée par Bracquemond, il est essentiel d’identifier les différentes marques et signatures qui s’y trouvent. L’artiste signait la plupart du temps dans le décor peint, d’un simple monogramme B. peint le plus souvent en noir ou en rouge. La marque de la manufacture qui a fabriqué l’objet (Théodore Deck, Haviland, Sèvres…) se trouve en général sous la pièce, parfois accompagnée du nom de l’éditeur-revendeur (Rousseau, magasin A l’Escalier de Cristal…).

Elle peut être appliquée au tampon (Creil et Montereau pour le service Rousseau notamment) ou en creux dans la pâte crue (Haviland…). Des étiquettes anciennes peuvent aussi être encore présentes et constituent des indices importants. Il est conseillé de vérifier dans des ouvrages de référence que la marque observée sur la pièce à estimer correspond bien à celles en usage au sein de la manufacture concernée à l’époque à laquelle l’objet a été fabriqué.

Recherche de documents d’archives
Les documents d’archives pouvant accompagner l’objet, à l’instar des factures, des échanges de correspondance avec l’artiste ou la manufacture, des dessins préparatoires ou encore des photos anciennes constituent des preuves importantes dans le processus d’authentification. Les preuves de la présentation de l’objet à des expositions (galeries d’art, musées, expositions internationales…) représentent également des indices clés.

Mention du modèle au sein des ouvrages de référence sur l’artiste
La citation de l’objet au sein d’ouvrages sérieux rédigés par des spécialistes, comme, dans le cas de Bracquemond, le professeur Jean-Paul Bouillon, est une garantie de plus.

Expertise de l’objet par un commissaire-priseur
Malgré ces recommandations qui permettent de se faire une première idée de la valeur d’une céramique par Bracquemond, il est fortement conseillé de faire estimer l’objet par un commissaire-priseur, afin d’en obtenir un prix le plus juste possible.

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Félix Bracquemond, Service dit “à fleurs et à rubans”, détail du monogramme B. signature de Bracquemond, faïence fine.
Photo : maison de vente Artcurial, Paris.

Quelle est la valeur d’une céramique de Félix Bracquemond ?

Type d’objet Prix observés Observations
Services Jusqu’à 60 000 € Modèles « Rousseau » et « à fleurs et rubans » les plus recherchés.
Éléments de service isolés Quelques dizaines à plusieurs centaines d’euros Valeur variable selon la rareté et l’état de conservation.
Assiettes et plats artistiques 4 000 à 18 000 € Pièces réalisées avec Théodore Deck ou Haviland.
Vases 700 à plus de 15 000 € Les modèles Haviland sont les plus recherchés.
Félix Bracquemond et manufacture Haviland et Cie à Limoges, Vase “ébats de canards”, terre cuite émaillée.
Photo : maison de vente Artcurial, Paris.

Le saviez-vous ?

Bracquemond appartenait à un groupe désigné sous le nom de “société du Jing-Lar”, que des chercheurs ont longtemps interprété comme étant un club de passionnés de l’art nippon. Il faut dire que le diplôme de membre, orné d’un décor à l’eau-forte par Bracquemond lui-même, représente un couple de Japonais en train de cuisiner un espadon et de faire rôtir un chien (Henri Béraldi, Les graveurs du XIXe siècle : guide de l’amateur d’estampes modernes, T.3, 1885-1892).

Composé d’une dizaine d’adeptes comptant parmi les amis proches du peintre-graveur, à l’exemple du critique d’art Philippe Burty et du peintre Henri Fantin-Latour, ce groupuscule ne semble finalement pas avoir eu l’Extrême-Orient comme point d’intérêt central.

Il servait plutôt de paravent aux débats politiques de ce cercle amical de républicains opposés au régime du Second Empire, vraisemblablement autour d’un ou plusieurs verres de “reginglard”, terme argotique désignant un mauvais vin de table de la banlieue parisienne, qui, dans un moment joyeux, inspira probablement le nom japonisant de cette parodie de société secrète (Jean-Paul Bouillon et Chantal Meslin-Perrier, Félix Bracquemond et les arts décoratifs, du Japonisme à l’Art nouveau, 2005). “L’assiette républicaine”, que Rousseau avait discrètement fait produire à Creil et Montereau pour le compte de Bracquemond, aujourd’hui très rare sur le marché de l’art, s’inscrit dans le contexte de la création de cette association.

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