Estimation Céramique Rousseau (Guide Complet 2026)

Vous souhaitez obtenir une Estimation Céramique Rousseau ? Imaginé par François-Eugène Rousseau et décoré par Félix Bracquemond, le célèbre service Rousseau compte parmi les créations les plus emblématiques du japonisme français. Dans ce guide, découvrez sa cote, les prix observés en ventes aux enchères ainsi que les principaux critères qui influencent la valeur de vos assiettes, plats, soupières et services anciens.

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François-Eugène Rousseau, Félix Bracquemond, manufacture Leboeuf
François-Eugène Rousseau, Félix Bracquemond, manufacture Leboeuf, Millet et Cie, Service dit “Rousseau”, produit à partir de 1866, faïence fine. Photo : maison de vente De Baecque, Lyon.

Qui est François-Eugène Rousseau ?

Un service à quatre mains : la collaboration entre François-Eugène Rousseau et Félix Bracquemond

Dans son dossier d’enquête pour l’attribution du grade de chevalier de la Légion d’honneur en 1885, François-Eugène Rousseau (1827-1890) se définit lui-même comme “compositeur et éditeur de formes et modèles pour la céramique et la verrerie” (Archives nationales, cote LH// 2400/61). En 1855, à l’âge de 28 ans, il avait repris la boutique de son père, au n°43 de la rue Coquillère à Paris, pour y concevoir et vendre des céramiques.

La notoriété vient onze ans plus tard, lorsqu’il imagine au printemps 1866 la forme d’un service, inspirée du style Rocaille du XVIIIe siècle, qu’il souhaiterait faire décorer de motifs de fleurs, d’animaux et d’insectes. Pour ce faire, il demande des conseils au peintre-graveur Félix Bracquemond (1833-1914), à qui il finit par confier le projet. L’artiste, aujourd’hui considéré comme l’un des précurseurs du japonisme en France, et l’éditeur de céramiques, collectionneur d’estampes nippones, s’entendent sur des dessins inspirés d’œuvres d’Hiroshige, d’Hokusai et d’autres graveurs encore, mais aussi tirés de l’oeuvre personnel de Bracquemond.

La fabrication du service, qui débute en septembre 1866, est confiée à la manufacture Leboeuf, Millet et Cie, issue de la fusion des fabriques de Creil et de Montereau, avec laquelle travaillait déjà le père de François-Eugène Rousseau.

L’ensemble comprend près de 200 pièces au décor différent (Victor Champier, “Eugène Rousseau, céramiste et verrier”, Revue des arts décoratifs, septembre 1890) : assiettes plates et creuses, assiettes à dessert et à pain, plats ronds et ovales, surtouts de table, soupières, terrines, saladiers, jattes, saucières, légumiers, raviers, compotiers, confituriers, coupes, présentoirs à gâteaux et à fruits, ramequins, et enfin une série de formes ajoutées dans un deuxième temps avec les coquetiers, sucriers, beurriers, pots à lait, tasses et sous-tasses…

Il est fait des tirages des décors gravés à l’eau forte par Bracquemond, qui sont ensuite appliqués sur la faïence fine. Passé au four, le papier disparaît, ne laissant que le motif, qui est peint avant d’être cuit à nouveau à haute température.

Rousseau, François-Eugène, Bracquemond, Félix, manufacture Creil et Montereau
Rousseau, François-Eugène, Bracquemond, Félix, manufacture Creil et Montereau (essentiellement Leboeuf, Millet et Cie), Ensemble d’assiettes du service Rousseau, entre 1866 et 1875, faïence fine. Photo : maison de vente Artcurial, Paris.

Une révolution du décor

Le service de Rousseau et Bracquemond opère ce qu’Edmond de Goncourt qualifie dans son Journal un peu plus d’une dizaine d’années plus tard de “révolution” (cité dans Jean-Paul Bouillon, Félix Bracquemond 1833-1914. Graveur et céramiste, 2003). Les amateurs sont nombreux à remarquer l’originalité et la diversité des décors : “Ce service est décoré à l’impression et en polychromie d’une manière excessivement variée (fleurs, fruits, papillons, écrevisses, homards, canards, etc.)” note Auguste Demmin (1817-1898) dans son Guide de l’amateur de faïences et porcelaines.

Contrairement à ce que prétend Goncourt, ces motifs ne sont pas “que des calques d’albums japonais, jetés sur de la faïence de Creil” (cité dans Jean-Paul Bouillon, Félix Bracquemond 1833-1914. Graveur et céramiste, 2003). Les gravures de Bracquemond sont le fruit d’un processus de réinterprétation et d’appropriation par l’artiste de modèles japonais, et non de serviles copies.

Mallarmé l’avait bien remarqué lorsqu’il écrivait qu’il voyait dans cet ensemble une “traduction du plus haut charme japonais faite par un esprit très français” (cité dans Jean-Paul Bouillon, Félix Bracquemond 1833-1914.

Graveur et céramiste, 2003). L’originalité du service réside également dans la disposition aléatoire et asymétrique de ses décors peints, donnant à chaque pièce un caractère unique et répondant aux aspirations de Bracquemond qui prônait l’adéquation du décor à la forme dans les arts décoratifs (Jean-Paul Bouillon, Christine Shimizu, Philippe Thiébaut, Art, industrie et japonisme, le service Rousseau, 1988). Dans son hommage à Rousseau en 1890, le critique d’art Victor Champier notait :

“Avec les hardiesses de son dessin merveilleux, Bracquemond emprunta aux maîtres japonais leur manière de représenter les animaux dans des attitudes qui, par la vérité, l’imprévu du geste, donnent la sensation de la vie elle-même. Et ce qui ajoute du piquant à cette façon de reproduire la nature, c’est que l’artiste avec une fantaisie souvent spirituelle, n’a mis aucune ordonnance dans les compositions”.

En effet, en regardant attentivement les pièces du service, l’observateur remarquera ici, un escargot tentant l’ascension de l’aile d’une assiette par le marli, là, une carpe qui tourne dans le bassin d’un plat entre deux liserons, là encore, un syrphe qui s’est posé sur la panse d’un coquetier.

Mais les motifs n’en sont pas moins en adéquation avec l’usage de la pièce : oiseaux pour le service du gibier, poissons et crustacés pour les produits de la mer, et fleurs pour les desserts (Art, industrie et japonisme, le service Rousseau, 1988).

François-Eugène Rousseau, Félix Bracquemond assiette avec un poisson
François-Eugène Rousseau, Félix Bracquemond, manufacture Leboeuf, Millet et Cie, Service dit “Rousseau”, assiette avec un poisson, un escargot et deux amandes, à partir de 1866, faïence fine. Photo : maison de vente Artcurial, Paris

Le succès du beau à moindre coût à l’Exposition Universelle de Paris

A l’Exposition Universelle de Paris en 1867, une réalisation, “infiniment plus modeste” que les pièces de grande technicité avec lesquelles elle voisine, attire pourtant l’attention des visiteurs, comme le rapporte le journaliste du Monde Illustré Auguste Luchet (1805-1872) : “ Il s’agit d’un service en faïence, décoré d’oiseaux, de poissons, de papillons, de scarabées, qui sont jetés comme par hasard dans un coin de l’assiette, avec toute sorte de sans-façons spirituels et gais […]” (Auguste Luchet, “Courrier de l’Exposition Universelle XXVII”, Le Monde Illustré, 14 septembre 1867) : c’est bien le service dit Rousseau, du nom de son inventeur, dont il est question.



L’ensemble est vanté pour son décor “ravissant”, sa solidité “à tout supporter”, et son prix abordable, à dix-huit francs la douzaine d’assiettes, avec possibilité de personnaliser le nombre de couverts du service commandé, en-dehors des standards habituels.



Du côté du Guide de l’amateur de faïences et porcelaines, Auguste Demmin (1817-1898) s’exclame : “Un service à soupe, à fourchette et à dessert complet pour douze personnes, atteint à peine trois cents francs !”.



Au-delà de son prix, le service est également à même de séduire à la fois la bourgeoisie et l’aristocratie grâce aux divers usages qu’il est possible d’en faire, de la réunion de famille au repas de retour de chasse. Luchet prédit : “L’heureux Rousseau n’en fera pas assez”.



D’autant plus que le jury de l’Exposition décide de décerner au service une médaille de bronze. Ce succès motive sa présentation à de nombreuses autres expositions internationales durant près de vingt ans, dont deux nouvelles fois à Paris, en 1878 et en 1889.



De nombreux autres services en sont aussi inspirés, de la manufacture Jules Vieillard à Bordeaux [Lien vers la notice Jules Vieillard à venir] jusqu’à celle de Choisy-Le-Roi.



Le service est réédité pendant plusieurs décennies, jusqu’au milieu du XXe siècle. Henry Félix Anatole Barluet (1802-, successeur de Leboeuf et Millet à Creil et Montereau à partir de 1876 et jusqu’en 1884, en effectue une première réédition au début des années 1880.


En 1885, Rousseau cède son magasin à Ernest-Baptiste Leveillé (1841-1913) comme lui marchand et éditeur de porcelaines, qui continue de vendre le service sous la raison sociale “Maison Rousseau et Leveillé réunies”.



En 1890, la disparition de Rousseau entraîne un changement de nom de la société, qui redevient “E. Leveillé” et la production du service survit à son créateur.



Enfin, en 1902, Leveillé s’associe avec un concurrent sous le nom « Maisons Toy et Leveillé réunies ».



La production a finalement été arrêtée en 1938 mais, sur le marché de l’art, la phrase qu’écrivait déjà Victor Champier en 1890 est toujours d’actualité : “Son succès fut très grand dans le monde des artistes ; il dure encore”.

Rousseau, François-Eugène, Bracquemond, Félix, manufacture Creil et Montereau Ensemble d'assiettes
Rousseau, François-Eugène, Bracquemond, Félix, manufacture Creil et Montereau (essentiellement Leboeuf, Millet et Cie), Ensemble d’assiettes du service Rousseau, entre 1866 et 1875, faïence fine. Photo : maison de vente Artcurial, Paris.

Quels critères influencent la valeur d’un service Rousseau ?

Les critères d’estimation
Plusieurs critères s’avèrent déterminants pour estimer le prix de vente d’un service Rousseau.

Le bon état de l’ensemble
Pour obtenir un bon prix en vente publique, un service Rousseau doit être en bon état, ne pas présenter d’éclats, de manques, de fêles ou de restaurations tels que des éléments recollés ou agrafés. Dans le cadre d’une Estimation Céramique Rousseau, les pièces ne doivent pas avoir été “chauffées” ou porter des taches ou des traces d’usure, notamment au niveau des couleurs du décor et en bordure. Les défauts de cuisson ou d’émaillage sont également pris en considération. De légères et rares égrenures autorisent tout de même de bons résultats.

Les marques (signatures, numéros, poinçons…)
L’estimation peut varier selon le type de marque apposé sur les différentes pièces du service. Celle comprenant le nom de la manufacture Leboeuf, Millet et Cie associée au nom de Rousseau garantie les meilleurs prix au marteau. L’absence de marque entraîne en revanche une importante dévaluation.

Le type d’objet
Parmi les pièces les plus prisées du service Rousseau figurent les surtouts de table. Ces parties de l’ensemble semblent plus rares à la vente.
Le nombre de pièces
Le nombre de pièces composant le service à estimer a une influence importante sur son prix. Plus il y a d’objets et plus ils sont variés, plus le prix est élevé.

La datation
La datation des différents éléments composant le service a des conséquences sur son prix de vente. Une proportion importante de pièces datant de la première période de production, entre 1866 et 1875, portant la marque de la manufacture Lebeuf, Millet et Cie associée au nom de Rousseau augmente la valeur de l’ensemble.

La provenance
Les services ayant une provenance prestigieuse documentée, à l’exemple de ceux qui ont garni les tables de châteaux ou qui ont appartenu à d’éminents membres de la noblesse sous le Second Empire peuvent atteindre des prix plus élevés.

Rousseau, François-Eugène, Bracquemond, Félix, manufacture de Creil et Montereau, Surtout de table du service Rousseau
Rousseau, François-Eugène, Bracquemond, Félix, manufacture de Creil et Montereau, Surtout de table du service Rousseau, faïence fine, vendu 60 000 € en 2017. Photo : maison de vente De Baecque et associés, Paris.

Estimation Céramique Rousseau : comment authentifier un service ancien ?

Vérification des marques et signatures
Chaque pièce composant un service proposé à la vente doit être marquée. Ces marques comprennent le plus souvent les mentions “Creil Montereau LM et Cie modèle E. Rousseau à Paris” pour la première période de fabrication qui s’étend de 1866 à 1875, “Creil Montereau B & Cie” lorsque Barluet réédite le service au début des années 1880, puis “E. Leveillé” à partir de 1885, et enfin « Maisons Toy et Leveillé réunies » à partir de 1902. L’authentification des marques pouvant s’avérer complexe, il est conseillé de confier l’objet à un commissaire-priseur qui pourra mener des investigations plus poussées.

Recherche de documents d’archives
Les documents d’archives tels que factures d’achat, bons de commande, correspondance d’époque avec le magasin d’Eugène Rousseau ou autres, peuvent constituer des preuves d’authenticité pertinentes.

Correspondance du décor
Le décor des pièces du service doit être examiné attentivement et comparé avec celui des ensembles authentifiés parus dans des ouvrages de référence comme ceux publiés par ou sous la direction de Jean-Paul Bouillon.

Expertise de l’objet par un commissaire-priseur
Faire estimer l’objet par un commissaire-priseur demeure la meilleure garantie d’obtenir un prix juste dans le cadre de la vente d’un service Rousseau. Une Estimation Céramique Rousseau réalisée par un professionnel permet en outre de vérifier l’authenticité des pièces et de s’appuyer sur les résultats récents des ventes aux enchères afin de déterminer leur valeur au plus près du marché.

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François-Eugène Rousseau, Félix Bracquemond, manufacture Leboeuf, Millet et Cie, Service Rousseau, détail de la marque sous une assiette
François-Eugène Rousseau, Félix Bracquemond, manufacture Leboeuf, Millet et Cie, Service Rousseau, détail de la marque sous une assiette, entre 1866 et 1875, faïence fine. Photo : Prado Falque Enchères, Marseille.

Estimation Céramique Rousseau : prix et cote des services anciens

Les résultats observés dans le cadre d’une Estimation Céramique Rousseau montrent qu’un service comprenant un grand nombre de pièces variées, portant pour la grande majorité la marque de la première période de fabrication et en excellent état, peut être adjugé jusqu’à près de 60 000 €. Des ensembles en moins bon état, composés de pièces fabriquées à différentes périodes ou non marquées, se vendent entre 800 et 20 000 € selon le nombre d’éléments. Les pièces vendues isolément atteignent des prix entre 100 et 2 000 €, selon la nature, l’état et la taille de l’objet.

François-Eugène Rousseau, Félix Bracquemond, Soupière et légumiers du service
François-Eugène Rousseau, Félix Bracquemond, Soupière et légumiers du service Rousseau, entre 1866 et 1875, faïence fine. Photo : maison de vente Rouillac, Cheverny.

Le saviez-vous ?

Quelques rares dessins et estampes de Bracquemond ayant servi à la conception du service Rousseau peuvent passer en ventes publiques, à l’instar d’une aquarelle gouachée vendue chez Artcurial en 2024, figurant le surtout de table. Le projet, plus ambitieux que l’objet finalement réalisé, incluait un groupe d’oiseaux moulés perchés sur le dessus de la pièce.

Ces éléments de décor ont vraisemblablement été supprimés par Rousseau qui, en bon commerçant, a probablement vu dans cette fantaisie un important surcoût de fabrication. Elle aurait en effet nécessité la fabrication d’un moule compliqué, susceptible de donner naissance à des pièces fragiles, générant beaucoup de rebut à la cuisson et de casse durant le transport.

Félix Bracquemond, Dessin préparatoire pour le surtout du servic
Félix Bracquemond, Dessin préparatoire pour le surtout du service Rousseau, aquarelle gouachée sur traits de crayon. Photo : Maison de vente Artcurial, Paris.

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