Jérôme Massier Fils : parcours et histoire d’un céramiste Art Nouveau

À l’instar de Clément et Delphin Massier, Jean-Baptiste dit Jérôme Massier Fils est à la tête d’une importante manufacture de faïence artistique à Vallauris au tournant du XXe siècle. Longtemps resté dans l’ombre de ses célèbres cousins, son rôle dans l’essor de la céramique d’art à Vallauris tend aujourd’hui à être réévalué.

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Jérôme Massier Fils, complet en céramique émaillée bleue et verte, cachet, H. 127 cm Photo : Maison de ventes Metayer Mermoz, Nevers

Les racines familiales de Jérôme Massier Fils

Jérôme Massier Fils partage un héritage familial commun avec Clément et Delphin Massier : leurs aïeux ont installé leur atelier de poterie à Vallauris avant même la Révolution française. Comme d’autres poteries locales, son père Jérôme et son oncle Jacques produisent de la « terraille », poterie culinaire, au milieu du XIXe siècle. Ils développent également une poterie utilitaire faite de briques, cheminées et autres, mais nourissent l’ambition de s’orienter vers une céramique artistique.

C’est dans ce but que Jacques Massier embauche Gandolfi Gaetano, céramiste italien, afin qu’il forme à de nouvelles techniques l’atelier Massier et la génération suivante, Delphin, Clément et Jérôme Fils. Cette arrivée représente une petite révolution qui aboutit entre autres à la découverte de la faïence émaillée, véritable fer de lance de la production à venir

Jérôme Massier Fils, vase en céramique émaillée, décor à huppe fasciée et oiseaux, signé, H. 28,5cm Photo : Maison de ventes Jean-Charles d’Ornano, Châlons-en-Champagne

Un entrepreneur audacieux

Jérôme Massier choisit d’installer sa propre manufacture au début de l’avenue principale de Vallauris. Le bâtiment et notamment les galeries d’exposition et de vente frappent par leur magnificence. On peut lire écrit sur la façade : « Jérôme Massier Fils. Poterie d’Art – Faïenceries de Vallauris – Architecture », affichant ainsi en grand la prédilection de Jérôme pour la faïence émaillée.

Il use allègrement des moyens de communication et de vente modernes : catalogues de vente diffusés en France et à l’étranger, cartes postales, négociants et développement des points de vente. À l’image de Clément Massier, Jérôme ouvre des magasins à Paris, à Berlin, et à proximité de Vallauris, au Mont-Boron. Enfin, il participe aux salons et expositions régionales ainsi qu’aux Expositions Universelles.

Jérôme Massier Fils, sculpture à décor de grenouilles musiciennes, signée, 17 x 45,5 x 28,5 cm Photo : Maison de ventes Isabelle Goxe & Laurent Belaïsch, Enghien les Bains

Jérôme Massier Fils et l’art de la barbotine

Jérôme et Delphin, bien que produisant aussi des œuvres en céramique irisée davantage exploitée par Clément, mettent l’accent sur leurs décors en barbotine. Cette pâte argileuse délayée dans de l’eau permet de fixer leurs décors en relief aux pièces principales de leurs céramiques. C’est cette technique qui est utilisée dans les décors de sellettes et complets, faits d’oiseaux et de végétaux dans un style Art Nouveau, avec une virtuosité inégalée.

Jérôme Massier a également vécu des collaborations réussies, la plus renommée étant celle avec le peintre Honoré Camos (1906-1991). Après un apprentissage chez les Massier, ce dernier rejoint Jérôme comme peintre décorateur avant d’ouvrir son atelier de céramique à Vallauris en 1936. On trouve d’autres noms et initiales sur les poteries de Delphin et Jérôme Massier : Lys, Max, L. Bo ou encore Angelico, qui sont aujourd’hui inconnus.

Jérôme Massier, complet à décor de héron, céramique polychrome, décor en barbotine, ca. 1980, H. sellette 95cm, H. cache-pot 45cm Photo : Maison de ventes Audap & Associés, Paris

Que devient la manufacture après la mort de Jérôme Massier Fils ?

Après le décès de Jérôme Massier Fils en 1916, la manufacture est rachetée par un de ses collaborateurs, Pierre Perret. Mais le gendre de Jérôme, Marc Clergue, la rachète à son tour, avant d’acquérir également celle de Delphin Massier en 1920. La fabrique « J. & D. Massier » continue de produire des céramiques qui, après l’arrivée du neveu de Marc Clergue à sa tête, sont signées Alain Maunier. Le site est définitivement fermé et démoli en 1990.

Jérôme Massier Fils, porte-bouquet coq, faïence émaillée polychrome, signé, H. 62 cm Photo : Maison de ventes Est Enchères – Laurent Thomas et Valérie Bock, Metz

Le saviez-vous ?

Le personnel employé par Jérôme est le moins volumineux des trois manufactures Massier avec « seulement » 55 ouvriers. Cela reste cependant considérablement plus que la moyenne dans la région. De fait, les 46 fabriques recensées dans les environs de Vallauris à la fin du XIXe siècle comptaient des équipes de 6 à 12 personnes !

Vue de la manufacture de Jérôme Massier Fils à Vallauris, carte postale Photo : Morgane Walter

Connaître la valeur d’une céramique de Jérôme Massier Fils

La valeur d’une œuvre de Jérôme Massier Fils dépend de nombreux critères : la rareté du modèle, la qualité du décor en relief, les dimensions de la pièce, son état de conservation, sa provenance ou encore sa période de fabrication. Les créations réalisées durant la période Art Nouveau bénéficient généralement d’un intérêt plus marqué sur le marché.

Pour mieux comprendre les prix observés en vente publique, les critères utilisés lors d’une expertise et les différences de valeur entre les œuvres de Jérôme Massier Fils, Clément Massier et Delphin Massier, consultez notre guide complet consacré à l’estimation des céramiques Massier. Vous y retrouverez les fourchettes de prix, les modèles les plus recherchés et les éléments qui influencent la cote de ces céramiques emblématiques de Vallauris.

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